Histoire, décrochage et modèles
29 juillet 2009
Septembre approche et, ce qui semble un sujet inévitable pour les journalistes, à en croire que c’est une éternelle mode : parler de l’éducation, mais surtout parler (en mal) de l’éducation. C’est bien connu, les nouvelles se vendent mieux lorsque ça va mal.
Récemment, on aborde le problème de décrochage scolaire chez les garçons. Écrit dans le Journal de Montréal : “Malgré l’inquiétude que suscite le taux de décrochage au Québec, plus de 65 % des gars, à Montréal et dans Lanaudière, n’avaient obtenu aucun diplôme l’an dernier, cinq ans après leur entrée au secondaire.” (Source) Du côté de Cyberpresse : “Le taux global de diplomation sur sept ans est actuellement de 72% au Québec, révèlent les données du Ministère. Quand on sait que le rapport Ménard sur le décrochage scolaire souhaite faire passer ce taux à 80%, l’objectif paraît ambitieux.” (Source)
Ce sujet revient souvent et les blogues d’actualité tentent à comprendre pourquoi la situation chez les garçons est si problématique. Et souvent vient un de ces constats : il n’y a pas de modèle masculin chez les garçons.
Les Trouvailles du grenier est un projet voulant valoriser l’histoire locale (et du coup les cours d’histoire). Or, si je veux sensibiliser les jeunes à cette valorisation, dois-je trouver des modèles d’historien ? Et voilà que je tombe sur un os : connaissent-ils déjà un historien contemporain québécois ? Soyons réaliste, leurs modèles sont rarement des intellectuels, mais plus des vedettes (de sport, de cinéma, de musique, etc.). Et c’est peut-être pour cela que les jeunes (voire la société) accordent peu d’importance à l’éducation, car accordent peu d’importance à leurs intellectuels. D’un côté, je les comprends : qui voudrait d’une autre commission Bouchard-Taylor ?
Ainsi, non seulement faudrait-il trouver des modèles masculins, mais également des modèles intellectuels. Des modèles forts, possédant du leadership et inspirants. Tiens, et pourquoi pas demander de bons modèles en politique ?
Sérieusement, quel modèle devons-nous offrir aux jeunes ?
Oublier la honte
25 juillet 2009
Septembre approche. Bientôt, dans la ville de Québec, cela fera 250 ans que la bataille des plaines d’Abaraham a eu lieu. Je me rappelle encore de la polémique qui entourait la reconstitution de cette bataille un peu plus tôt cette année, soit à partir de janvier (vous pouvez voir le dossier de cette polémique ici).
Pour faire un court résumé, la bataille des plaines d’Abraham a eu lieu le 13 septembre 1759 (en pleine guerre de Sept ans), dans laquelle les militaires français, dirigé par le général Montcalm, ont perdu face aux militaires anglais du général Wolfe. Pour les Québécois, il s’agit d’un événement décisif, car plus tard, en 1763, la Nouvelle-France, colonie française, va devenir anglaise.
La commémoration ne semble pas ravir tout le monde : “Dans Le Devoir [du 8 janvier 2009], un chroniqueur a noté que l’événement risque de laisser un goût amer à certains. «Connaissez-vous bien des endroits dans le monde où un peuple célèbre dans l’allégresse la pire défaite de son histoire?»” Pourtant, ce n’est pas la première fois qu’il y a contreverse. “En 1959, les «fêtes» du 200e de la fameuse bataille ont soulevé une controverse de plusieurs semaines, certains refusant que l’on célèbre la «disparition de la Nouvelle-France», selon les archives de Radio-Canada.”
Mais revenons en 2009. Pendant ce temps-là, un député de l’ADQ (Action démocratique du Québec) déclare que cette bataille “fait partie de notre histoire, de notre identité. Il faut vraiment avoir une mentalité de colonisés pour se sentir attaqués par ça.” (Lien vers l’article) Du côté des historiens, Alain Laberge, professeur au département d’histoire à l’Université Laval et spécialiste de la Nouvelle-France, dit qu’il s’agit d’un devoir de mémoire alors que l’historien Denis Vaujoie ajoute que le mot commémoration est trop festif : “Ces types d’événements sont plutôt «des rappels historiques, des moments de silence, des moments detristesse», selon lui.” (Lien vers l’article)
Le cinéaste Pierre Falardeau, ouvertement souverainiste, rage : “Il n’y aura pas ce genre de cochonnerie du gouvernement fédéral. C’est ben beau faire rire de soi, se faire écoeurer, se faire emmerder, mais cette fois-ci c’est assez.” (Lien vers l’article) Et il n’est pas le seul à s’opposer aux commémorations. Le Parti québécois et le Bloc québécois (deux partis politiques, l’un provincial, l’autre fédéral), des membres de Loco Locass (groupe hip-hop engagé) et même le Réseau de résistance du Québécois (RRQ) sont contre. Ce dernier, représenté par Patrick Bourgeois, avait annoncé que “des gestes de désobéissance civile seraient faits si la commémoration avait lieu.” (Lien vers l’article) Quant à Gérald Larose, celui-ci promet du grabuge.
À partir de là, le ton semble devenir de plus en plus violent : “Des extrémistes ont menacé [La Commission des champs de bataille nationaux] de mettre le feu aux bivouacs des figurants et de semer la pagaille au cours de l’événement.” Afin d’assurer la sécurité des participants et des spectateurs, l’organisme fédéral annule les reconstitutions, ce qui ne plaît pas au Canada anglais. Malgré tout, il y aura d’autres événements entourant la bataille des plaines d’Abraham, dont une activité qui expose les stratégies des armées française et anglaise.
Voilà pour l’histoire de la contreverse. Je vous suggère également l’article de François Bourque, qui résume mieux que moi.
Cependant, ce billet est loin d’être terminé. Je me suis intéressée aux commentaires dans les blogues qui ont abordé la contreverse, même si ceux-ci peuvent être écrit par des “trolls”. Un des commentateurs de ce billet apparente la commémoration à du masochisme. Un autre croit que les Québécois ne sont pas assez matures pour faire la paix avec leur passé. Autant de commentaires négatifs que positifs. Mais l’un de ceux-ci rejoint ma façon de penser :
“Notre histoire, tout comme celle de toutes les nations, comporte des moments grandioses et d’autres moins (que l’on pense à celle des allemands, des serbes, des trucs, des américains, etc.) mais il est absurde de vouloir les éluder sous le prétexte que ces derniers ne cadrent pas avec l’idée bucolique que l’on veut transmettre de sa nation.”
La même pensée peut s’appliquer en généalogie. Ainsi, si je découvre un jour qu’un de mes ancêtres a commis un crime grave, je ne dois pas le nier, ni en avoir honte. C’est un fait, je n’en suis pas responsable, mais j’ai le pouvoir de décider ce que je veux faire de ma vie. Ça devrait être le même raisonnement pour tous les descendants des habitants de la Nouvelle-France. Pas besoin d’une thérapie pour se sortir du complexe d’infériorité, surtout si nous possédons la volonté de changer les choses.
Qu’est-ce qu’un bon cours d’histoire ?
22 juillet 2009
Qu’est-ce qu’un bon cours d’histoire ? Bien que je ne pense pas me diriger vers l’enseignement (quoique seuls les fous ne changent pas d’idée), mon projet doit être aussi passionnant qu’un bon cours d’histoire. Voilà qui explique pourquoi je me pose cette question.
À mon avis, un cours d’histoire est bon lorsque l’enseignant réussi à faire revivre le passé. Ce n’est pas un question de dates (comme j’ai pu le mentionner dans un billet), mais également d’ambiances, de mentalités et de mises en situation. Un exemple : il y avait beaucoup de jeunes filles qui se mariaient autour de l’âge de 14 ans en Nouvelle-France (je ne suis pas sûre de l’âge, mais ça reste un jeune âge). La raison en est bien simple : l’espérence de vie était plus courte à leur époque qu’à la nôtre. D’autres pourraient ajouter que ces jeunes filles étaient beaucoup plus matures que celles de notre temps (après tout, elles savaient déjà coudre, cuisiner, s’occuper des enfants…). Finalement, il pourrait exister plusieurs raisons, plusieurs facteurs expliquant le même phémomène. Et c’est ce qui est fascinant avec l’histoire, puisqu’elle révèle aussi la complexité de l’être humain.
Et vous, qu’est-ce qu’un bon cours d’histoire ?
Maîtriser la question
21 juillet 2009
Tout d’abord, un petit coucou à ceux qui ont connu mon blog grâce au billet “L’histoire patatisée” : plus de 9850 visionnements uniquement sur cette page ! J’espère pouvoir retenir ceux qui s’intéressent à l’histoire, à l’éducation et aux autres débats de notre société, qu’importe la nationalité.
Et maintenant, le programme principal. Cela fait longtemps que je me pose la question et cette question se fait de plus en plus insistante, surtout à l’approche de ma troisième et dernière année de baccalauréat : dois-je faire ma maîtrise ou non ?
D’un côté, je n’ai aucune idée de mon futur métier, je suis toujours hésitante. Pour qui vais-je travailler ? Pour un musée ? Pour une université ? Pour le gouvernement ? Je ne suis pas certaine pour le gouvernement, j’ai peur de perdre mon temps là-bas. En fait, si j’avais un métier de rêve, ce serait d’être chercheure à domicile. Tout ce que j’aurais à faire, c’est de collecter des données (entrevues) auprès de personnes consentantes et les envoyer (par courriel) à l’université pour laquelle je travaillerais. Ne croyez pas que je vivrais comme une ermite, c’est juste que j’aimerais bien vivre en-dehors de Québec ou Montréal.
Mais voilà, est-ce une bonne idée de faire ma maîtrise pour devenir chercheure ? On m’a dit que ça prendrait même un post-doctorat pour le devenir. D’un côté, il en faudra, des ethnologues, pour recueillir la mémoire des baby-boomers. D’un autre côté, je me demande si le Québec (et le Canada) aura les moyens d’encourager les recherches scientifiques. Je devrais cesser de m’en faire. Après tout, je pourrais également travailler dans le domaine historique ou patrimoniale. Par contre, je serais curieuse d’avoir les avis de ceux qui ont fait une maîtrise (ou qui songent à en faire une).
L’histoire patatisée
18 juillet 2009
Vous l’ignorez peut-être, mais j’aime le blog de Martin Vidberg, même si je ne peux saisir toutes les références françaises. Il a récemment lancé un jeu sur son blogue, qui consiste à utiliser ses vignettes pour composer une nouvelle planche. Dans mon cas, j’en ai profité pour faire une petite réflexion sur l’histoire, puisqu’elle n’est pas constituée que de dates, mais également de souvenirs.

Le choix : suggérer ou non ?
15 juillet 2009
Le choix du sujet de l’exposition est très important, puisqu’il c’est à partir de ce sujet que les élèves dirigeront leurs recherches. Je voudrais qu’ils choississent eux-mêmes leur sujet, afin qu’ils puissent s’y attacher et ressentir un meilleur contrôle sur leur exposition (après tout, ce sera leur exposition, pas la mienne). Par contre, je me demande si ma façon de travailler est la bonne.
Ce matin, j’ai eu une discussion avec mon boss (car il faut préciser que je travaille sur le site historique de Kinnear’s Mills pour l’été). Je voulais connaître son avis concernant mon projet, ce à quoi il m’a recommandé d’avoir une liste de sujets pour les étudiants afin que je puisse mieux les encadrer. C’est peut-être une bonne idée, mais j’aurais l’impression que je contrôle les étudiants, que je les force à choisir, alors qu’il y a tant de choses qui pourraient être explorées. Mon boss m’a expliqué que le sujet devait être original afin d’attirer le plus de personnes possible, mais aussi réalisable (c’est-à-dire un sujet pas trop difficile pour les recherches).
C’est alors que je me pose cette question : jusqu’à quel point devons-nous faire confiance aux capacités des élèves ? Peut-être que ma mémoire est floue, mais quand j’avais 16 ans, j’étais une élève ambitieuse, qui fonçait dans des projets inédits sans faire équipe avec qui que ce soit (à part avec les profs). Je devrais faire attention pour ne pas trop leur en demander. La préparation d’une exposition est une épreuve de longue haleine, au même titre que la préparation d’une pièce de théâtre. La capacité d’avoir une vision à long terme n’est peut-être pas acquise chez tous les élèves, dépendamment de leur niveau de maturité. À bien y penser, c’est ce type de projet qui peut les sensibiliser à des projets à long terme (études post-secondaires, carrières, réalisations de rêves d’enfance…).
Oui, je dois être exigeante avec eux, à condition que j’aie gagné leur confiance de façon respectable. Même si je suis une des premières à déplorer l’irresponsabilité de certains jeunes, je crois qu’il existe d’autres jeunes qui ont besoin de défis à leur hauteur.
L’argent pensé autrement
14 juillet 2009
Alors qu’un élève sur cinq résidant à Montréal et à Laval va aller à l’école privée l’automne prochain (du moins, c’est ce que dit cet article du Journal de Montréal), je me questionne sur ce qui ne va pas dans l’éducation.
Un exemple ? Récemment, un article du Devoir révèle que la stratégie d’intervention Agir autrement, malgré l’investissement de 200 millions, n’a pas donné des résultats significatifs dans la persévérance scolaire parmi les écoles participantes. C’est ce genre de nouvelles qui me décourage, comme si, peu importe l’argent qu’on y met, cela ne servira à rien.
Et si on n’avait pas besoin de cet argent-là ?
En effet, je suis sûre qu’avec peu de moyens, il est possible de faire de grandes choses. Par exemple, avec une bonne stratégie de marketing, on peut réussir à se faire connaître sur Twitter ou Facebook sans un sou. Dans le cas des Trouvailles du grenier, ce seront les objets et photographies, empruntés à la communauté, qui feront partie de l’exposition des élèves. Les coûts les plus importants seraient l’occupation de l’exposition dans un local d’un centre communautaire.
Je mentirais en disant que l’implantation du projet est gratuit, mais je suis certaine qu’avec un peu d’imagination, on peut arriver à financer l’exposition. J’ai prévu un comité d’élèves qui s’occuperait de cette tâche. Ce seront eux qui devront :
- trouver des partenaires financiers
- rédiger le budget
- octroyer l’argent pour la stratégie de communication
- décider du prix d’entrée à l’exposition
- compter l’argent recueilli
- rédiger le compte des dépenses versus les profits
- créer un compte pour les profits en vue des créations des futures expositions
D’une certaine façon, je les sensibilise à l’entrepreneuriat, puisque les musées, même si leur but est d’abord éduquer la population, ont besoin d’être rentables. Oui, je crois que l’argent a du bon, à la condition qu’elle ne soit pas dépensée inutilement. Je ne sais pas si cela est dû à notre vieille mentalité catholique, celle qui déteste s’enrichir, mais il faut considérer l’argent comme un outil. Un outil contribuant à l’enrichissement collectif (qu’il soit culturel ou économique).
Le pourquoi du comment
13 juillet 2009
Difficile de savoir comment se présenter lors d’un premier contact. La première impression est en effet celle qui perdure le plus longtemps, jusqu’à preuve du contraire. Dans mes ateliers d’entrepreneuriat, on a insisté sur l’importance d’avoir une carte d’affaires. À défaut de ne pas en avoir une, j’ai plutôt créé un blogue, histoire de me trouver des partenaires assez fous pour s’engager dans mon projet, de près ou de loin.
Mais bon, il faut bien que je me présente, si vous voulez avoir un meilleur avis. Je m’appelle Christine Hébert, j’ai 21 ans et j’étudie présentement à l’Université Laval en Baccalauréat intégré en sciences historiques et études patrimoniales. L’automne prochain, ce sera ma troisième et dernière année de mon baccalauréat, mais également la première année de mon projet pilote, Les Trouvailles du grenier (cliquez ici pour en savoir plus). Il s’agit d’un projet élaboré pour mon Profil entrepreneurial, mais que je compte bien appliquer afin que plusieurs soient sensibilisés à leur histoire locale. D’ici là, je fais quelques démarches afin d’être prête à donner la matière nécessaire aux élèves et d’être bien encadrée par leur enseignant en “Histoire et éducation à la citoyenneté”.
N’hésitez pas à me poser des questions, cela me fera un grand plaisir de vous répondre.
Une idée qui germe
13 juillet 2009
L’idée en question remonte entre mai et juin 2008, alors que je suivais le cours “Savoir entreprendre : la passion de créer et d’agir“. C’était le premier cours de mon Profil entrepreneurial. Avant, je ne me voyais pas entrepreneure et, pour être franche, je ne me voyais pas comme une leader non plus. L’argent ? Je n’aime pas les profiteurs, alors…
Mais je me suis trompée. L’entrepreneuriat, c’est savoir faire germer une idée. Et elle n’a pas besoin d’être lucrative. Par contre, vous vous demandez sûrement pourquoi je voulais suivre un tel cours ? Eh bien, j’avais envie d’user un peu plus de ma créativité. Et j’avais envie d’apporter un petit plus à ce qui existe déjà…
Dans mon cas, j’ai passé mon secondaire à l’École Polyvalente de Disraeli. Je n’ai pas grand chose à lui reprocher, j’ai même eu la chance de rencontrer des enseignants passionnants et amusants. Cependant, je trouvais que l’école était un peu trop axé sur les sports. Je comprends que cela puisse contribuer à baisser le taux de décrochage scolaire (comme le prouve cet article), mais je trouve, quand j’y pense, qu’il y avait peu d’activités intellectuelles (mais rassurez-vous, il y avait du théâtre et beaucoup d’activités socio-culturelles à mon école
). En fait, je crois qu’il fallait s’impliquer fortement pour participer à une telle activité (la preuve étant que j’étais la seule élève de mon école à participer à la finale régionale d’Expo-Science à Thetford Mines, en 2004).
Après ma première idée, qui consistait à créer un musée de l’histoire régionale à Disraeli, j’ai légèrement modifié mon concept et cela est devenu un projet destiné à sensibiliser la communauté à l’histoire de leur région, les jeunes communiquant leur vision du passé aux moins jeunes. Un projet qui a l’air moins ambitieux que ma première idée, mais qui pourrait bien avoir de l’avenir si j’arrive à implanter le concept dans diverses écoles.